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Le Sénégal a enregistré des avancées notables dans la lutte contre la malnutrition au cours des quinze dernières années. Mais derrière ces progrès se cachent encore de profondes disparités et un lourd coût humain et économique. Chaque année, le pays perd l’équivalent de 856 millions de dollars à cause de la malnutrition. Une facture qui rappelle que la bataille est loin d’être gagnée.
Lorsqu’on parle d’investissements pour développer un pays, les regards se tournent souvent vers les routes, les infrastructures ou les grandes réalisations économiques. Pourtant, selon le secrétaire exécutif du Conseil national de développement de la nutrition (CNDN), le Dr Mbaye Sène, l’investissement le plus rentable commence bien avant la naissance : celui consacré à la nutrition. « Lorsqu’un enfant ne reçoit pas les nutriments dont il a besoin pour grandir, apprendre et développer pleinement son potentiel, le pays perd une partie de son avenir », a-t-il déclaré lors d’une rencontre avec les professionnels des médias. Cette affirmation résume à elle seule l’enjeu. La nutrition n’est pas seulement une question de santé publique. Elle influence directement les capacités d’apprentissage, la réussite scolaire, la productivité économique et, à terme, la compétitivité d’une nation.
Des progrès qui méritent d’être salués
Le Sénégal n’est pas resté les bras croisés face à ce défi. Les résultats enregistrés ces dernières années témoignent des efforts consentis par les pouvoirs publics et leurs partenaires. Le taux de retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans est ainsi passé de 26,5 % en 2010 à 17,5 % en 2023. Une amélioration significative qui traduit l’efficacité des interventions menées dans le domaine de la nutrition. Ces résultats s’appuient notamment sur une gouvernance nutritionnelle renforcée autour du CNDN, placé sous l’autorité du Premier ministre. Plus de vingt secteurs et quatorze ministères travaillent aujourd’hui de manière coordonnée dans le cadre d’un plan stratégique multisectoriel. Pour les spécialistes, ces avancées démontrent qu’une politique nutritionnelle cohérente peut produire des résultats concrets sur la santé et le développement des populations.
Un défi toujours présent dans les zones vulnérables
Malgré ces performances, la malnutrition continue de toucher des milliers de familles sénégalaises. Dans plusieurs localités du pays, particulièrement dans les zones les plus vulnérables, des enfants souffrent encore de sous-nutrition et de carences en micronutriments. Ces déficits nutritionnels compromettent leur croissance physique et leurs capacités cognitives dès les premières années de vie. Pour Eugène Kaly, président de l’Association des journalistes en santé, population et développement (AJSPD), la pauvreté n’explique pas à elle seule cette situation. Selon lui, le manque d’information constitue également un obstacle majeur. Beaucoup de parents souhaitent bien nourrir leurs enfants, mais ne disposent pas toujours des connaissances nécessaires sur les bonnes pratiques alimentaires. « Notre rôle en tant que journalistes est de sensibiliser les populations sur les changements de comportement et sur les bonnes habitudes nutritionnelles », a-t-il expliqué. L’année dernière, l’AJSPD avait déjà mobilisé plusieurs journalistes autour d’un concours de reportages réalisés dans les districts sanitaires de Touba, Bambey et Diourbel. Une initiative qui sera poursuivie cette année en partenariat avec le CNDN.
Le nouveau visage de la malnutrition
Si la sous-nutrition demeure préoccupante, un autre phénomène gagne progressivement du terrain : le surpoids et l’obésité. Le profil nutritionnel du Sénégal révèle désormais une situation paradoxale. Alors que certaines populations manquent encore de nutriments essentiels, d’autres sont confrontées à des maladies liées à une alimentation trop riche en sucre, en matières grasses et en produits transformés. Les spécialistes parlent désormais d’un « double fardeau nutritionnel ». Cette évolution s’explique notamment par la transition nutritionnelle observée dans le pays. Les habitudes alimentaires changent, l’activité physique diminue et les maladies non transmissibles liées à l’alimentation deviennent de plus en plus fréquentes. La malnutrition ne concerne donc plus uniquement les enfants. Elle touche également les adolescents, les adultes et les personnes âgées.
Une facture économique colossale
Les conséquences dépassent largement le cadre sanitaire. Chaque année, le Sénégal perd près de 856 millions de dollars à cause de la malnutrition. Derrière ce chiffre se cachent des enfants qui apprennent moins bien à l’école, des travailleurs moins productifs et des dépenses de santé plus importantes. À l’inverse, les bénéfices d’une bonne nutrition sont considérables. Les données présentées lors de la rencontre montrent qu’un enfant bien nourri a davantage de chances de réussir sa scolarité et de bénéficier plus tard de meilleurs revenus. Une augmentation de 1 % de la taille est associée en moyenne à une hausse de 2,4 % des revenus futurs. Autre enseignement marquant : chaque dollar investi dans la nutrition génère en moyenne 20 dollars de retombées économiques au Sénégal.
Les médias appelés à jouer un rôle central
Face à ces défis, les autorités misent sur une implication accrue des médias. Pour le Dr Mbaye Sène, les statistiques et les politiques publiques ne suffisent pas à elles seules à modifier les comportements. « Ce qui change réellement les comportements, c’est la compréhension des enjeux », a-t-il insisté. Lorsqu’un journaliste explique les bienfaits de l’allaitement maternel exclusif ou sensibilise les familles sur l’alimentation équilibrée, il contribue directement à améliorer la santé des populations. Le gouvernement sénégalais a d’ailleurs réaffirmé, lors du Conseil des ministres du 29 avril 2026, sa volonté de renforcer la prise en compte de la nutrition dans les politiques publiques. Mais pour atteindre cet objectif, une mobilisation collective reste indispensable. Car si les progrès réalisés ces dernières années sont réels, la malnutrition continue de priver le Sénégal d’une partie de son potentiel humain. Et dans ce combat, informer les populations est déjà une manière d’agir.
Publié le: Mercredi 24 Juin 2026